Notre impact social : permettre aux seniors LGBTI+ de vieillir sans être invisibles
Les Audacieuses & Les Audacieux agissent pour permettre aux seniors LGBTI+ et aux seniors vivant avec le VIH de vieillir dans un environnement où ils peuvent rester pleinement eux-mêmes, entourés et reconnus.
Notre action part d’un constat : le vieillissement peut renforcer les situations d’isolement, en particulier pour les personnes dont les parcours de vie ont été marqués par des discriminations, des ruptures familiales ou une moindre reconnaissance sociale.
Notre objectif est de créer les conditions d’un vieillissement inclusif, où chaque personne peut conserver ses liens sociaux, son identité et sa place dans la société.
Chez les Audacieuses & les Audacieux, j’ai l’impression de faire partie d’une grande famille. Cette association m’a sauvé la vie après la perte de la personne avec qui je vivais. J’avais des pensées suicidaires mais cette communauté m’a sauvé !
Parole d’adhérent·e récoltée pour la mesure d’impact social (2024)
Le constat : un vieillissement marqué par l’isolement
En France, le vieillissement de la population s’accompagne d’une augmentation des situations de solitude et d’isolement relationnel. Avec l’avancée en âge, la perte de proches, l’éloignement familial, la diminution des réseaux amicaux ou l’absence d’aidants peuvent fragiliser profondément le quotidien des seniors.
L’isolement social en France : les chiffres clés
- Une transition démographique majeure : La France compte désormais 19,69 millions de personnes âgées de 60 ans ou plus, soit 28,5 % de la population globale INSEE (2026).
- La solitude s’accentue avec l’âge : Près de 30 % des 65-79 ans vivent seuls, un chiffre qui grimpe à 48,4 % pour les personnes de 80 ans et plus INSEE (2023).
- Des trajectoires familiales en mutation : Les générations arrivant aujourd’hui au grand âge comptent une part importante de personnes sans enfant (20,6 % des hommes et 13,5 % des femmes nées au début des années 1960) INSEE, enquête Famille et logements (2011).
- La menace de la « mort sociale » : En France, 2 millions de seniors sont coupés de leurs cercles familiaux et amicaux, et 530 000 personnes âgées vivent dans un isolement relationnel total Petits Frères des Pauvres – Baromètre 2021 .
Un isolement renforcé pour les seniors LGBTI+ et les personnes vivant avec le VIH
Au sein de cette population âgée, certaines personnes sont particulièrement exposées à une double vulnérabilité : les seniors LGBTI+ et les seniors vivant avec le VIH (PVVIH).
En combinant les données de l’Insee et les enquêtes d’opinion DREES (2024), on estime que 6 % des seniors de plus de 60 ans s’identifient comme LGBTI+. Le calcul révèle une réalité frappante : environ 1 181 000 personnes sont potentiellement concernées en France, soit 1,71 % de la population nationale totale.
Les stigmates d’un passé discriminant
Les seniors LGBTI+ d’aujourd’hui ont traversé une époque où leur orientation sexuelle ou leur identité de genre était fortement stigmatisée, voire pénalisée. Ces parcours de vie marqués par l’hostilité laissent des traces durables : ruptures familiales, absence de descendance et dissimulation de soi. Privés d’aidants naturels traditionnels, ces seniors dépendent massivement de leurs réseaux amicaux et de leurs « familles choisies ».
L’effet cumulatif sur la santé et le retour au « placard »

Cette stigmatisation vécue tout au long de la vie a des effets cumulatifs dramatiques : les études montrent une exposition accrue des seniors LGBTI+ aux troubles de santé mentale et aux pensées suicidaires.
Sources :Santé mentale et stress minoritaire : FREDRIKSEN-GOLDSEN K. I. et al., « Aging with Pride: The National Health, Aging, and Sexuality/Gender Study », publié dans The Gerontologist. Voir également TAHA S., BLANCHET-GARNEAU A. et al. (2020), « Une revue de la portée sur la pratique auprès des personnes âgées issues de la diversité sexuelle et de genre », Recherche en soins infirmiers (n° 140), documentant l’impact du stress minoritaire sur la santé mentale et le risque suicidaire des aînés.
Malgré l’évolution des droits, la peur d’un accueil inadapté ou du jugement reste omniprésente : 50 % des seniors LGBTI+ dissimulent activement leur orientation sexuelle aux professionnels de santé et d’aide à domicile, tandis que 68 % d’entre eux redoutent des discriminations s’ils devaient intégrer un établissement pour personnes âgées classique (Ehpad). »
Source : Enquête Longévité et Invisibilité : Institut Méditerranéen des Métiers de la Longévité (I2ML). Enquête nationale portant sur le vieillissement des personnes LGBTI+, documentant que 50 % des seniors de la communauté omettent de déclarer leur orientation aux soignants par stratégie de protection.
Le cas spécifique du vieillissement avec le VIH
Le vieillissement de la population vivant avec le VIH (PVVIH) s’accélère fortement. Nous nous situons exactement à mi-chemin de la transition démographique redoutée par les associations :
- Le volume global en 2026 : Sur les 200 000 personnes vivant avec le VIH en France, la part des seniors a largement franchi le cap initial des 9 %.
- La tranche des plus de 65 ans : On estime qu’en 2026, un peu plus de 32 000 personnes vivant avec le VIH ont plus de 65 ans (en trajectoire directe vers les 50 600 prévus pour 2030).
- Le grand âge (plus de 75 ans) : Cette population compte désormais environ 12 000 personnes en France, confrontées de plein fouet aux problématiques de dépendance, d’entrée en Ehpad ou de recours aux services d’aide à domicile.
Le constat médical reste identique : L’espérance de vie est désormais proche de celle de la population générale grâce aux trithérapies. Cependant, ce groupe de seniors de 65 ans et plus subit les effets d’un vieillissement physiologique prématuré, caractérisé par des polypathologies qui imposent un recours fréquent et accru au système de santé.
Sérophobie
Discrimination, rejet ou stigmatisation envers les personnes vivant avec le VIH, fondés sur la peur ou les préjugés liés à leur statut sérologique. Elle se manifeste notamment par des refus de soins, des ruptures de confidentialité ou une mise à l’écart sociale.
Cette invisibilisation forcée est la conséquence directe d’une sérophobie encore très active. Comme le souligne le Rapport annuel de SOS homophobie, les parcours de soins des personnes séropositives restent jalonnés de violations de la confidentialité et de refus de prise en charge caractérisés, en particulier en dentisterie et en gynécologie. Redoutant légitimement d’être rejetés ou moins bien soignés, de nombreux seniors s’imposent le silence, créant un renoncement aux soins critique pour leur santé.
La santé et la joie de vivre impactées par l’âgisme
À cette vulnérabilité identitaire s’ajoute l’âgisme : le mépris, les préjugés et les discriminations fondés sur l’âge. L’âgisme n’est pas qu’une posture sociale, il a un impact biologique direct : il dégrade l’estime de soi, génère un stress chronique et augmente le taux de mortalité en associant systématiquement la vieillesse à la maladie.
Au sein même de la communauté LGBTI+, ce phénomène se double d’une exclusion interne douloureuse où le culte du corps jeune invisibilise les aînés, les privant ainsi de leur refuge historique et de leur réseau d’entraide. Ce rejet intra-communautaire brise la transmission des « bonnes adresses » de soignants bienveillants et détruit leur estime de soi. Se sentant exclus de partout et psychologiquement usés, de nombreux seniors finissent par capituler et s’installer dans un renoncement aux soins critique pour leur santé.
Agisme
Discrimination et préjugés fondés sur l’âge, qui dévalorisent les personnes en raison de leur vieillissement. Elle se traduit par une dégradation de l’estime de soi, un stress chronique et une invisibilisation sociale des seniors.
Notre ambition : permettre à chacun de vieillir en étant soi-même
Vieillir ne devrait jamais conduire à l’effacement ou à l’invisibilité.
Notre ambition est de contribuer à une société où les seniors LGBTI+ peuvent avancer en âge dans le respect de leur histoire, entourés de liens choisis et accompagnés par des dispositifs adaptés à leurs réalités.
À travers notre action et la mesure de notre impact, nous souhaitons démontrer qu’un autre modèle de vieillissement est possible : un vieillissement inclusif, solidaire et respectueux de toutes les trajectoires de vie.
Notre réponse : recréer du lien et favoriser un vieillissement inclusif
Favoriser le lien social, l’épanouissement collectif, la santé positive et la prévention
- cultiver des modes de vie sains pour maintenir son énergie vitale,
- permettre la socialisation des seniors,
- soutenir l’éducation et l’accès au numérique des seniors.
Une autre manière de vieillir est possible
Les Français ont peur de vieillir : 78 % d’entre eux redoutent le grand âge – IPSOS (2019). Pourtant, la dépendance physique stricte reste minoritaire, ne touchant que 8 % des plus de 60 ans DREES (2024).
Ce décalage prouve que la véritable angoisse du grand âge est avant tout sociale et relationnelle. C’est pourquoi notre approche repose sur une conviction profonde : bien vieillir ne signifie pas seulement rester autonome physiquement, mais aussi pouvoir continuer à créer du lien, être reconnu et appartenir à un collectif.
Face à ces constats, Les Audacieuses & Les Audacieux développent des réponses adaptées aux réalités des seniors LGBTI+.
À travers nos actions, nous favorisons :
Vieillir heureux dans son habitat est possible en poursuivant l’innovation et en informant sur les habitats alternatifs
- 94 % des personnes de plus de 65 ans souhaitent vieillir chez eux – Etude Ifop pour Biogaran (2025)
- 42 % des seniors estiment ne pas avoir une bonne connaissance des différentes solutions de logement pour les personnes de leur âge et des aides financières auxquelles ils peuvent avoir accès – FPI France/Deloitte (2021)
- Seuls 16 % des Français ont aménagé leur logement pour l’adapter aux besoins liés à l’âge – Assurance Prévention (2021)
- 488 habitats participatifs sont aujourd’hui aboutis en France soit environ 4 100 logements – Habitat Participatif France (2024), contre 130 000 logements en Suisse – Le Moniteur (2021)… Nous défendons le développement de ces habitats alternatifs — partagés, groupés, intergénérationnels, inclusifs, coopératifs, participatifs — associés à des plateformes de soins et de services « hors les murs ».
Ces espaces permettent aux personnes de vieillir dans un environnement sécurisant, où leur histoire, leur identité et leurs choix de vie sont respectés.
Notre 1ère mesure d’impact social (2024) : évaluer les changements produits
Parce que notre action vise à transformer durablement les conditions de vieillissement, en 2024, nous avons souhaité mesurer son impact social. Nous avons été soutenu et accompagné par Viva Lab, Kimso, Malakoff Humanis et Impact Tack.

Notre première mesure d’impact social (2024) a été réalisée auprès des seniors de l’association. Elle cherche à comprendre les effets de nos action sur plusieurs dimensions essentielles :
- lien social ;
- convivialité;
- santé ;
- bien-être
- prévention à la perte d’autonomie
Cette démarche vise à mieux comprendre l’isolement de nos adhérent·e·s et à évaluer l’efficacité de nos actions et dispositifs.
Nos résultats : des effets concrets sur la vie des personnes
Les résultats de cette première mesure d’impact montrent que la création d’un environnement inclusif produit des effets significatifs sur le vécu des personnes. 80 % des adhérent·e·s participent aux activités de l’association et 62 % ont noué des liens avec d’autres adhérents, en dehors de l’association.
Notre mesure d’impact social (2025) : habitat – La Maison de la Diversité
En septembre 2025, soutenu par Malakoff Humanis, nous avons mesuré l’impact social de la Maison de la Diversité auprès des futur·e·s cohabitant·e·s juste avant leur emménagement.

Notre seconde mesure d’impact social (2025) porte spécifiquement sur la Maison de la Diversité de Lyon : elle cherche à comprendre les effets du projet sur les futur·e·s cohabitant·e·s, avant même leur emménagement dans la Maison.
Cette démarche vise à :
- adapter nos actions pour les prochaines Maisons de la Diversité.
- fixer une image de référence (T0) des impacts du projet et de notre accompagnement du groupe de cohabitant·e·s ;
- mesurer les évolutions des indicateurs clés au fil des années ;
Parmi les personnes interrogées :
- 100 % déclarent se sentir appartenir au groupe et se sentir écoutées, comprises et en sécurité ;
- 92 % déclarent pouvoir être pleinement elles-mêmes ;
- 85 % déclarent avoir gagné en sérénité ;
- 62 % déclarent avoir gagné en vitalité ;
- 51 % déclarent se sentir déjà moins seules.
Ces résultats montrent que le lien social, la reconnaissance et le sentiment d’appartenance constituent des leviers essentiels du bien vieillir.
